
Quels sont nos modes de voyages ?
Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse...
Tout d'abord le voilier. Dont finalement ce blog parle peu puisque nous n'en avons plus ! Il fut mon métier pendant une quinzaine d'année (si, si, j'ai travaillé !) et nous en avons eu régulièrement à titre personnel. Mais le dernier a été vendu il y a trois ans... avec la ferme intention d'en trouver un autre, plus beau, plus grand ! Il est clair que c'est pour nous le moyen idéal de voyager. Le seul qui nous permette d'envisager un voyage sur plusieurs années. Il est à la fois le moyen de transport et la maison. On s'y sent chez soi, on garde ses repères et ses affaires. De plus il ouvre les portes de lieux uniques, seulement accessibles par la mer.
Et puis la mer est le milieu dont on connait le mieux les codes. Je suis tombé dedans tout petit !
Quelques défauts tout de même : Celui de devoir surveiller en quasi permanence la météo, c'est parfois pesant. Celui de nécessiter un minimum de condition physique pour être manœuvré. Enfin, et non des moindres, celui d'être un gouffre à pognon !
Le voyage en avion. Pas écolo pour un rond mais tellement pratique ! N'est-il pas magique de se retrouver à l'autre bout de la terre en quelques heures ? De ce mode de transport découle deux types de voyage :
Ceux que l'on appelle les voyages "hôtel-couillons". Il s'agit de profiter des promos des voyagistes sur des séjours "tout compris". Passer une semaine en Grèce ou en Turquie pour parfois moins de 300 € par personne est impossible si l'on monte son voyage soi-même, à moins d'être autonome en logement et de ne manger que des sandwiches. On prend ce genre de voyage en général à la dernière minute, souvent sur un coup de tête, quand la promo nous paraît imbattable. Toujours en avant ou arrière-saison. On se retrouve donc en hôtel de très moyenne gamme, tambouille comprise (celle de midi ne nous intéresse pas, on n'est jamais là !), dans une station balnéaire hideuse dévolue au tourisme de masse. Rien de très engageant présenté comme ça... Mais en y associant une location de voiture, ou en prenant des transports en commun, on peut très bien s'échapper de cet enfer. Il suffit souvent de faire quelques kilomètres à l'intérieur des terres pour retrouver le calme et l'authenticité. Ce n'est pas le mode de voyage que nous affectionnons le plus bien sûr, mais avouons qu'il nous a souvent été agréable d'échapper quelques jours à un automne ou un printemps maussade en Bretagne (un truc qui n'arrive jamais...) en dépensant à peine plus qu'en restant chez nous.
C'est aussi l'avion qui nous a mené en Asie du Sud-Est ou en Inde. Pour des séjours de 2 à 8 semaines. Là le voyage est monté de toutes pièces par nos soins (surtout ceux de Manu...). Les billets d'avion sont en général réservés plusieurs mois à l'avance, à leur ouverture à la vente, quand ils sont le moins cher. On part avec un gros sac à dos chacun et on loge en guest-house (genre de petit hôtel familial). On se la joue "vieux routards" en fait... Nos moyens de déplacement sur place sont le plus souvent les transports en commun (trains, bus, tuk-tuks, taxis collectifs, ...) et parfois une voiture de loc (Thaïlande, Martinique,...). On réserve une ou deux premières nuits depuis la France et ensuite on improvise. Le circuit est définit à l'avance dans ses grandes lignes mais il laisse une grande place aux changements et à l'improvisation... N'ayant rien réservé on est totalement libre, ce qui représente le gros avantage de la formule. On va où on veut (ou peut...), quand on veut, en fonction des opportunités, de ses centres d'intérêts ou de ses envies.
Défauts majeurs : Il y a une grande dépendance vis à vis du logement et de la nourriture. N'ayant que rarement de quoi cuisiner et changeant constamment de logement on ne se sent jamais chez soi. De plus le rythme est généralement soutenu (on est à cent lieues de la farniente au bord d'une piscine...) et la fatigue s'installe vite, rendant inenvisageable un voyage de ce type sur une longue période. Ou il faudrait adopter un autre rythme, ce dont je suis incapable...
La voiture. Pas très écolo non plus ! Elle nous permet évidemment de rejoindre l'aéroport, ou la gare ou de rallier notre base habituelle de départ dans les Deux-Sèvres, ou encore de nous rendre dans un gite de location par exemple. Rien de très original à tout ça... Mais elle nous sert aussi depuis peu de camping-car !
Nous venons d'effectuer un aller-retour en Grèce en y dormant chaque soir. Presque deux mois de voyage.
Ce n'est pourtant pas une bien grosse voiture, une Xsara Picasso, âgée d'une dizaine d'année et déjà fortement kilométrée. Nous avons sommairement aménagé son coffre en enlevant les sièges arrières et en surélevant la zone de couchage par quelques planches de contre-plaqué. Dans cet espace ainsi créé on range tout le matériel de camping habituel : table, chaises, réchaud, gaz, bidon d'eau, popote, nourriture, fringues, et plein d'autres matériels dont un ingénieux WC pliant né de notre imagination !
L'idée de départ était de tester le voyage "camping-car" afin de valider l'achat d'un petit fourgon pour aller plus loin... Mais nous n'y trouvons pas notre compte. Nous roulons beaucoup trop chaque jour (il est si facile de tourner la clé et d'aller voir toujours plus loin) et avons du mal à occuper nos journées quand nous sommes posés. Le budget gazole en est rendu effrayant ! La recherche de bivouac tranquille, puisque notre but est de fuir les campings, est chaque soir laborieuse. Et nous trouvons que les trop rares rencontres faites, essentiellement avec d'autres camping-caristes, manquent de piment et d'intérêt...
Le camping-car est donc un monde que nous allons laisser aux autres, du moins pour l'instant, ne jurons de rien..., mais notre Picasso étant finalement prêt à retrouver sa configuration voyage en moins d'une demi-heure il n'est pas impossible qu'il reprenne du service pour de petites échappées vite improvisées...
Mise à jour 2019 : La voiture reprend du service ! Il n'y a que les cons qui ne changent pas d'avis... Nous repartons en effet vers la Galice à la mi-mars. Nous venons d'y installer un rail latéral pour y glisser une sorte de auvent qui permettra de garder les vitres semi-ouvertes en cas de pluie.
La cyclo-randonnée. Activité toute récente pour nous. Comment en est-on arrivé là ? Ce n'est pas très précis. On avait fait un peu de vélo de route fût un temps donc il ne nous semblait pas impossible de pédaler sur de longues distances, on aime le camping (enfin le fait de dormir sous une tente, pas la vie au camping...) et une certaine forme de nomadisme, on cherchait un mode de voyage économique en attendant le bateau de nos rêves qui ne vient pas..., ajoutons une envie de dépense physique peut-être...
Le premier essai fut modeste, un petit tour de 15 jours sur les bords de Loire. Modeste mais révélateur. Le vélo répond à beaucoup de nos attentes en termes de voyage :
On peut aller très loin (avec avion ou train si besoin) et donc s'offrir des horizons variés. Nous revenons d'Asie du SE et poserons probablement nos roues au Mexique ou à Cuba l'hiver prochain...
La vitesse de déplacement est parfaite, ni trop rapide ni trop lente. On prend le temps de s'arrêter, de visiter, de faire un détour, tout en avançant tout de même d'une petite centaine de kilomètres chaque jour.
On éprouve un énorme sentiment de liberté sur nos vélos. Liberté d'action, de déplacement, d'autonomie. On a l'impression d'être un peu en dehors du monde et du temps.
Dans les sacoches on transporte le strict minimum mais l'essentiel est là. Un toit, une cuisine, un dressing, ... On se sent réellement chez soi, contrairement au mode "routard". Envisager des voyages de plusieurs mois dans ce bienheureux dépouillement ne nous pose aucun problème.
On est très proche de la nature, vivant au grand air 24 h / 24. Le vélo permet d'emprunter de toutes petites routes ou chemins souvent interdits aux autres véhicules, offrant ainsi un regard unique.
Les vélos chargés étonnent, surtout quand leurs conducteurs n'ont pas vingt ans !, et provoquent les rencontres. C'est dans ce but qu'on a mis des petits drapeaux, français et breton, sur nos garde-boues. Ce n'est pas par nationalisme ou revendication indépendantiste (quoique pour le breton...) !
C'est très économique. Le transport ne coûte rien (sauf investissement de départ bien sûr), les dépenses de logement se résument à quelques nuits de camping, nos repas sont très modestes, et on ne risque pas de ramener d'encombrants souvenirs dans nos sacoches !
Les défauts : On est un peu vulnérables face aux intempéries, mais finalement rien ne nous empêche d'aller à l'hôtel, et surtout certaines contrées nous sont totalement interdites... à cause de leurs montagnes !!! Et c'est pour ça qu'on s'autorise le train...
Tenez, pour ceux qui comme moi veulent rêver à de grandes échappées en deux-roues : http://www.jacques-sirat.com/ Un type et une vie incroyables !
La marche enfin. Manu n'adhère pas à cette pratique, ses genoux la font rapidement souffrir. Pour ma part j'adore.
Le sentiment de liberté est énorme !
Je n'ai marché que sur les chemins de Saint-Jacques, sans croyance d'aucune sorte. Profitant juste d'un chemin tracé, foulé par des milliers de marcheurs avant moi, et jalonné de nombreux points de ravitaillements et de repos. Je n'ai pas essayé l'autonomie totale, avec eau et nourriture, et ai profité très souvent des auberges ou gîtes communaux, et même des casernes de pompiers au Portugal !, mais dans mon simple sac de 60 litres j'avais tout le nécessaire pour plusieurs jours de marche. Un simple retour à l'essentiel.
On ne dépend de personne, on prend le chemin qu'on veut, on s'arrête quand on veut, on dort (presque) où on veut. Rien n'est écrit. On ne sait pas où on mangera, ni où on dormira, ni même quel chemin il faudra suivre (Bon il faut quand même le faire exprès pour se perdre sur la voie du Puy !!!). Le seul but est de subvenir à ses besoins les plus primaires, d'avancer et de tendre vers l'objectif qu'on s'est fixé. Manger, boire, dormir et marcher. Point. Se laver parfois...
De plus on emprunte des chemins séculaires où aucun véhicule ne passe (hélas pas toujours...). On goûte ainsi à ce qu'il reste de nature vierge et préservée.
C'est aussi un face à face avec soi-même. On est à l'écoute de son corps en permanence. Il reprend toute l'importance qu'on oublie parfois de lui donner. Il faut lui apporter un soin extrême car lui seul nous mènera à bon port. Un frottement prolongé au fond d'une chaussure, une douleur récurrente au genou, un manque d'hydratation, un début d'insolation, tout problème qui pourrait sembler, dans d'autres circonstances, anodin peut prendre ici une tournure dramatique. Une simple ampoule qui s'infecte ou une tendinite naissante peuvent compromettre la réussite même du voyage. Alors on apprend à marcher dans les bas-côtés, là où le sol est plus meuble et où les herbes humides retardent l'échauffement. Raser les murs et les talus pour espérer un peu d'ombre devient un reflex. Délacer à chaque halte ses chaussures et tout au long de la journée alterner deux paires de chaussettes pour permettre à l'une de sécher, pendouillant au sac, devient une habitude...
Les longues heures de solitude permettent aussi aux pensées de cheminer librement. Le chemin est le lieu de réflexions permanentes, qui trouvent là le temps d'être mener à terme. Un moment privilégié pour se recentrer sur soi.
Ensuite il y a le défi physique. (Ceux qui me connaissent vont rire car je suis tout sauf un sportif !)
Ce n'est pas un effort intense (si on a bien préparé, c'est à dire allégé, son sac...), la difficulté vient surtout de la répétition de cet effort. Marcher 30 ou 40 bornes sur une journée n'a rien de très difficile et est à la portée du plus grand nombre, on aura au pire quelques ampoules et un peu mal partout le lendemain, mais répéter cet effort pendant plusieurs jours d'affilée est une autre histoire... Il faut apprendre à gérer son effort. Les premiers jours, surtout si comme moi on part sans entrainement, il faut rester très humble. 20 ou 25 kilomètres, voir moins, sont bien suffisants. J'ai souvenir d'un randonneur chevronné, habitué aux courses rapides en montagne, le temps d'un week-end, parti pour Santiago dans ce même rythme et contraint d'abandonner quelques jours plus tard, terrassé par les douleurs tendineuses... Il faut laisser le temps au corps de s'adapter. D'où l'importance de l'écouter... Alors seulement viendra, pour ceux qui auront su lentement endurcir leur corps et réveiller des muscles oubliés, le temps des prouesses kilométriques et la satisfaction de "belles" journées...
Enfin il y a les rencontres. On est très disponible pour s'ouvrir aux autres, n'ayant finalement pas grand chose à faire de nos journées si ce n'est marcher ! Un marcheur lourdement chargé étonne toujours les riverains et la proximité physique facilite les échanges. Et puis il y a les autres pélerins... (Je parle ici de la très fréquentée voie du Puy). A vivre les mêmes aventures, à fournir le même effort, à vivre dans le même dépouillement, on finit par se créer des points communs. Des rapprochements bien improbables dans d'autres circonstances ont lieu. Des gens que tout oppose se retrouvent à cheminer longuement ensemble et finissent par ne plus pouvoir se passer les uns des autres. On oublie peu à peu son individualité pour faire corps avec la confrérie des "jacquets".
Des défauts ? La lenteur de déplacement (c'est aussi un avantage), qui fait de ce type de voyage plus un voyage intérieur ou spirituel, ou comme pour ma part un challenge physique, qu'un voyage au sens touristique. Il faut avoir beaucoup de temps devant soi pour explorer une région, un pays ou un continent... Enfin comme en vélo le plaisir ressenti est très dépendant de la météo !
Là aussi un petit lien vers le site d'une aventurière à pied hors norme : http://piedslibres.com/ La preuve concrète qu'on peut choisir sa vie et vivre ses rêves...
En bateau, en vélo ou à pied (c'est beaucoup moins vrai avec un mode "avion") il y a un moment d'importance dans le voyage. Un moment qui à lui seul justifie toutes les souffrances, les doutes, les mauvais jours,... Un moment dont l'intensité fait presque oublier tous les autres. Ce moment c'est celui de l'arrivée, celui du dernier jour, de la dernière heure... Le moment où on peut enfin se retourner sur le chemin parcouru.
Lorsqu'après une longue traversée vous jetez l'ancre dans des eaux assagies, ou que vous pénétrez fourbu et crotteux dans la cathédrale de Santiago, ou qu'encore vous franchissez le portail rouge qui marque la fin d'une longue et belle trace, je vous assure que l'émotion et la satisfaction sont immenses !
Mais ce moment est aussi le plus terrible. Il est celui de la fin du voyage. Celui où l'on sait que le meilleur, une fois passées les joies des retrouvailles, est derrière soi, et qu'il faudra parfois attendre longtemps pour revivre une telle émotion...
Je m'emballe parfois ! Ah... Passion quand tu nous tiens...