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Pourquoi ce choix de vie ?

C’est la voile qui nous a réunis, au centre nautique des Glénans, où je dirigeais la section croisières et où Manu venait sur son temps libre aider au fonctionnement du club.

30 ans plus tard, la passion pour la voile ne nous a pas quittés. Nous avons possédé des voiliers à plusieurs reprises, d’abord petits puis plus gros. Ils nous ont offerts de merveilleux moments avec nos enfants entre Angleterre et Espagne. Nous avons écumé de nombreuses années la mer d’Iroise, la Manche et le golfe de Gascogne, l'Atlantique pour ma part. Nous finirons surement nos aventures sur un voilier car cela nous parait la solution la mieux adaptée à un périple de plusieurs années. Avec la capacité de se déplacer à peu près n’importe où, tout en conservant une certaine forme de confort et d’autonomie. Comme un camping-car mais on n’aime pas les camping-cars. Enfin pas pour l'instant, mais on vieillira comme tout le monde…

Nous sommes donc toujours à la recherche de l’oiseau rare qui nous mènera derrière l’horizon. Mais avec le temps et l’expérience accumulée nos exigences sont devenues grandes, sans doute trop…, et malheureusement nos moyens financiers n’ont pas beaucoup grossi…

Alors, en attendant de trouver le bateau de nos rêves et de jeter toutes nos économies dans ce trou sans fond qu’est la plaisance, nous avons décidé de vivre nos rêves de voyage sans plus attendre.

De toutes les manières possibles et le plus souvent possible.

Manu était lassée par la tenue d’un cabinet dentaire où sa passion du métier s’émoussait. Je ne travaillais déjà plus depuis plusieurs années (passion là aussi très émoussée...), ayant fait le choix d’élever nos deux enfants qui maintenant sont autonomes. Notre maison, qui pourtant fut un lieu de bonheur pendant de longues années, ne nous procurait plus le même plaisir. Un trop grand nombre d’amis se découvraient des maladies sans lendemain…

Il était temps de tourner une page de vie, de vivre nos rêves de voyages et d’aventures sans plus attendre. Pleinement. D’assouvir notre passion avant que la maladie, ou simplement la vieillerie, nous rattrape. Avant que la routine nous envahisse, et nous étouffe peu à peu.

Le plus difficile était de prendre la décision de ce changement de vie. On le savait, on l’avait lu, on nous l’avait répété… Le fossé entre rêve et réalité n'est souvent pas bien large et le plus difficile n'est pas de le franchir mais bien de prendre son élan. Et ensuite surtout de ne plus se retourner... Ce n’est jamais simple de renoncer à une certaine aisance, à la facilité d’une vie sédentaire et bien réglée, de quitter ses repères pour l’inconnu. Mais l’envie était très forte…

Une fois cette décision prise il ne restait qu’à organiser cette nouvelle vie, matériellement, et bien sûr financièrement...

Pour le matériel c’est très simple, il faut s'attacher à lui accorder moins d'importance ! Se séparer de son outil de travail et par là même quitter son boulot, se débarrasser d'une voiture devenue inutile, accepter de laisser sa maison de longs mois sans entretien, abandonner un jardin et un potager aux mauvaises herbes, sacrifier quelques poules... Aucune des étapes nécessaires à l'accomplissement de nos nouveaux projets nous a vu hésiter ou avoir des remords. Bien au contraire. C'est même très jouissif lorsque le projet avance, et qu'un à un les problèmes se résolvent et laissent peu à peu place à de nouvelles perspectives !

Pour étancher notre soif de voyages nous avons choisi la marche à pied, le vélo, et le voyage « routard-sac à dos". Là non plus rien de très compliqué à mettre en œuvre. Mais lorsque nous repasserons au voilier l'aspect matériel reprendra surement plus d'importance...

Pour l’aspect financier nous avons la chance d’avoir pu faire quelques économies, le boulot de Manu étant assez lucratif… La vente de notre dernier bateau et du cabinet dentaire les ont fait grossir. Un coup de pouce généreux du père de Manu et un bout d’héritage de mon côté ont fini de garnir la cagnotte… Et pour arranger le tout l’autonomie des enfants réduit nos dépenses quotidiennes.

Cela ne fait pas de nous des Rockefeller mais facilite bien notre choix de vie. C'est certain, cela aide dans la prise de décision...

Combien de temps ce pactol nous permettra-t-il de tenir sans revenus ? C’est là la grande interrogation…

Plusieurs années sans doute si on n’achète pas de bateau. Beaucoup moins si on déniche la perle rare, qui par définition sera hors de prix…

Voyager en vélo ou en sac à dos, même avec le prix des billets d’avion, ne coûte pas vraiment cher (on évite pour l'instant les pays riches !), alors que faire face au coût de fonctionnement d’un voilier de voyage est une autre paire de manches !

Et puis bien sûr dans ce choix de vie sans travail se pose la question de l'après, de la retraite…

La fameuse retraite que chacun attend toute une vie… Pour laquelle certains trouvent le courage de passer quarante ans à se morfondre dans un métier qu’ils n’aiment pas et n’ont pas choisi. Mais qui leur apportera la sécurité financière pour finir leurs jours…

Et bien nous avons fait le choix de nous asseoir dessus ! Oh bien sûr on prendra ce que l’on voudra bien nous donner le moment voulu, mais nous n’allons pas attendre encore toutes ces longues années ce revenu qui arrivera toujours trop tard…

Nous avions deux possibilités : Vivre nos passions sans attendre et nous mordre les doigts plus tard, mais peut-être ne jamais rien regretter... Ou se résigner à une vie dont nous ne voulons plus en attendant des jours meilleurs, qui ne viendront peut-être jamais !

Mathématiquement d'un côté un + puis un -, mais peut-être aussi deux +. De l'autre un - puis un +, mais peut-être finalement deux -. Alors on prend le + tout de suite, et on essaiera de ne jamais connaître le - ... Ce qui est pris n'est plus à prendre !

 

La vie n’est qu’affaire de choix. Tout est possible. Tout. Il suffit juste de savoir où se place la barre de nos envies. Quels sacrifices accepte-t-on ? A quoi est-on prêt à renoncer ? 

L’argent, le boulot, la retraite, les parents malades, les enfants, les emprunts, tous les arguments qui penchent pour un non-changement ne sont que des prétextes pour qui ne veut pas vraiment. Ils n'entraînent aucune impossibilité. Ce sont juste des difficultés à surmonter, à contourner, à effacer. 

Que voulons-nous vraiment ? Qu’est-ce qui passe avant tout ?

Nous avons fait notre choix, peut-être le regretterons-nous, mais la vie est courte et si on ne met pas tout en œuvre maintenant pour vivre notre rêve quand le fera-t-on ?

Alors puisqu’il parait que la Terre est ronde allons le vérifier !

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